Mes lectures

Une Vie : Quand Maupassant fait du bien à l’âme

Depuis toujours, j’aime Maupassant. Mais cela faisait probablement quinze ans que je n’en avais pas lu ou relu. Peut-être parce que c’est une lecture « d’école » et qu’une fois mes études en lettres terminées, j’ai estimé que j’avais lu les grands classiques et que je pouvais me permettre de découvrir des écrivains qui ne sont pas enseignés dans les programmes scolaires (à moi, la littérature nord-américaine et la littérature sud-américaine !).

En flânant à la librairie Le Port de tête, je suis tombée sur Une vie, que, de mémoire, je n’avais jamais lu. C’était une journée d’humeur un peu morose et je me suis rappelée combien Maupassant m’a toujours fait du bien à l’âme. Je me suis aussi demandée pourquoi on oublie si facilement ce qui nous fait du bien (mais c’est un autre sujet !). Et la magie a opéré…

Pourtant le sujet de Une vie n’est pas gai du tout. Jeanne Le Perthuis des Vauds, une jeune fille tout juste sortie du couvent, retourne vivre chez ses parents dans un petit château de Normandie. Excitée par la nouvelle vie qui s’ouvre à elle, Jeanne rêve d’amour. Elle rencontre le vicomte Julien de Lamare et l’épouse. Puis tout va de travers… Jeanne va de désillusion en désillusion. De la nuit de noces, au voyage de noces, au retour en Normandie, Jeanne découvre la brutalité, l’indifférence, l’avarice, l’adultère de son mari, l’hypocrisie… Lorsqu’elle met au monde son fils Paul, qui la comble de joie, le lecteur se dit que Jeanne a trouvé sa voix du salut… Mais en grandissant, Paul fait souffrir sa mère. Bref, la vie de Jeanne est terriblement triste et elle l’accepte, sans jamais se révolter, résignée et accablée par les jours qui passent et qui la meurtrissent. Cela en est même rageant pour le lecteur (c’est ce que j’ai ressenti en tout cas !). Jeanne… une autre Emma Bovary, en quelque sorte.

« Et ça, ça te fait du bien à l’âme », me demanderez-vous, perplexes ou choqués ? Un vague instant, on peut se dire que la vie de Jeanne est tellement morose et désespérante que la nôtre, en comparaison, malgré les petits hauts et bas, nous paraît extraordinaire. Mais se réjouir du malheur des autres pour apprécier sa propre vie n’est qu’une illusion… Non, ce qui me fait du bien à l’âme, c’est l’écriture de Maupassant, son expression poétique pour nous faire vivre la nature. Une Vie se déroule à la campagne, au bord de la mer. Il parle des odeurs des pommes et des couleurs du coucher de soleil. On respire à pleins poumons, on sent la caresse du vent et des embruns, la chaleur du feu qui crépite dans la cheminée. Et ça, ça fait du bien, ça apaise, ça rend serein.

Jusqu’à la dernière phrase du roman : « La vie, voyez-vous, ça n’est jamais si bon ni si mauvais qu’on croit », conclut Rosalie, la servante de Jeanne. Je crois que c’est ce que l’on fait de notre vécu, de ces jours qui désengrènent les uns après les autres, de ces petits riens et de ces grands tous, qui font que l’on a Une Vie.

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Et pour la petit histoire, Une Vie a été publiée sous forme de feuilleton dans le quotidien Gil Blas en 1883, et sous forme de roman la même année, sous le titre L’humble vérité (titre qui fait un peu froid dans le dos s’il désigne la vérité sur la vie d’une jeune femme au milieu du XIXe siècle…).

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