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Chienne, de Marie-Pier Lafontaine : autofiction autour d’un père sadique ou l’horreur de l’enfance

Un premier roman qui retourne les tripes. La Québécoise Marie-Pier Lafontaine signe une autofiction qui raconte un père sadique, cruel, tout-puissant, dévastateur. La violence est physique, mais les coups psychologiques sont tout aussi glaçants. L’angoisse de l’imprévisibilité du père qui peut surgir à tout moment et inventer des jeux pervers et dégradants envers ses enfants. Le père est abominable et la mère reste silencieuse, complice de cette torture. Les parents qui détruisent la vie de leurs enfants, qui la réduisent en miette, qui l’annihilent. Aux actes d’horreur, s’ajoutent les zones passées sous silence où l’on devine que l’indicible peut aller encore plus loin, silence que l’auteure assume et qui renforce le caractère intolérable de ce qu’ont vécu ces enfants.

Si papa dit jappe. Je jappe. Si papa dit rapporte. Je rapporte. Si papa dit lèche ta patte. Je lèche ma patte. Si papa dit sens les fesses de ta sœur. Je sens les fesses de ma sœur. Si papa dit roule sur le dos, sale chienne. Je roule sur le dos et sale chienne, je deviens. Si papa dit gruge le soulier. Je gruge le soulier. Si papa dit mange tes excréments. Je mange mes excréments. Si papa dit tourne en rond, sale conne. Je tourne en rond et sale conne, je deviens. Si papa dit grogne. Je grogne et reçois un coup de pied ça t’apprendra à grogner après moé, sale chienne. Papa dit aussi les animaux, faut les attacher avec une chaîne. Si je refuse les rouli-roulades, les biscuits en forme d’os, les donne la papatte, il sort la laisse.

À la lecture de Chienne, je me suis demandé comment un enfant peut survivre à de tels sévices, comment il peut grandir et se structurer comme adulte. Tout au long de la lecture, j’ai eu envie de prendre ces petites filles dans mes bras, de les aimer, de leur dire qu’elles comptaient pour moi, pour nous tous, qu’elles méritaient d’être aimées, d’être insouciantes, d’être des enfants.

Marie-Pier Lafontaine réussit ce tour de force à mettre en mots son histoire alors qu’elle semble ineffable. Sans voyeurisme, le texte est puissant et réfléchi. Il ne laisse pas de temps au lecteur de souffler, mais une distance permet de continuer la lecture de ce court roman. Et le texte d’autofiction s’élève au rang de la création littéraire. Le lecteur n’en sort pas indemne et c’est tant mieux car il est le témoignage d’une réalité qui ne doit pas être occultée.

Chienne, de Marie-Pier Lafontaine, Héliotrope, 2019.

2 réflexions au sujet de “Chienne, de Marie-Pier Lafontaine : autofiction autour d’un père sadique ou l’horreur de l’enfance”

  1. Décidément, on a des lectures en commun, celui-là est dans ma pile à lire, je l’ai trouvé en bouquinerie le mois dernier. J’ai à la fois très envie de le lire, mais j’appréhende aussi un peu!

    Aimé par 1 personne

    1. Ah tu me partageras ton ressenti ! C’est dur, je ne suis pas prête d’oublier ce genre de lecture, mais le texte est si bien travaillé que j,ai vraiment eu l’impression de lire une création littéraire et pas uniquement un témoignage.

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