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L’autre qu’on adorait, de Catherine Cusset : quand l’élitisme gâche une vie

J’adore tout ce que Catherine Cusset a écrit (et je crois bien que j’ai tout lu !), et L’autre qu’on adorait m’a profondément touchée. Catherine Cusset raconte avec beaucoup d’amour et de pudeur la vie de Thomas, un jeune parisien exaltant et exalté, qui se fraye un chemin dans la jungle des universités américaines pour obtenir un poste. Pas de mystère ou d’intrigue, on le sait depuis le début : Thomas, l’ami cher de la narratrice, s’est suicidé à l’âge de 39 ans, alors qu’il enseignait dans la petit université de Richmond en Virginie.

Récit probablement autobiographique, la narratrice, Catherine, s’adresse au défunt Thomas et nous raconte sa courte vie, des années lycées en France dans les années 1980 à la conquête du milieu universitaire aux États-Unis. De la fougue, de la confiance, de l’espoir quand on a vingt ans… au désenchantement, à la désillusion, au sentiment de rejet et d’échec lorsque la vie ne se passe pas comme espéré. L’autre qu’on adorait m’a donné l’impression d’un grand gâchis du talent d’un jeune homme passionné et motivé, broyé par un système d’attribution des postes universitaires entre réelles qualités des travaux de recherche, piston et jeu de promotion personnel…

Professeur à Princeton. Voilà qui aurait rendu fière ta mère : ta revanche sur ton échec à l’École Normal supérieure. Tu te vois déjà, à New York, à Paris, avec cette étiquette qui changera ta vie. C’est très différent d' »étudiant à Columbia ». Les portes s’ouvriront, on te regardera avec un nouveau respect, les professeurs que tu admires deviendront tes collègues. […] Tu te retrouves sans poste. Tu es profondément déprimé. Tu étais le candidat gagnant et tu as commis une minuscule erreur qui a enrayé la machine à succès.

Finalement, l’histoire de Thomas, c’est celle d’un être humain qui n’arrive pas à trouver se place dans notre monde. Oui, Thomas est arrogant, petit bourgeois intellectuel sûr de sa supériorité, nombriliste…. et il semble incapable de se remettre en question. Même sur le plan sentimental, tout n’est que déception. Thomas n’apparaît peut-être pas très sympathique aux yeux du lecteurs, mais il m’a semblé qu’il n’était que le produit d’une formation scolaire française basée sur l’élitisme… Et quand celui qui était destiné à devenir l’élite erre de petites universités en petits universités, sans arriver à finir sa thèse sur Proust, s’éloignant chaque année un peu plus des postes prestigieux, ça finit par faire mal, très très mal. Bref, peu à peu, l’aura et la beauté de Thomas se perdent et il n’est pas capable de supporter cette médiocrité (définie par lui-même).

Alors même si Thomas est une personne que je ne suis pas certaine que j’aurais appréciée si je l’avais rencontrée, j’ai ressenti beaucoup de compassion par cet homme dont Catherine Cusset fait une éloge funéraire tout en délicatesse.

L’autre qu’on adorait, de Catherine Cusset, Gallimard, 2016.

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