Mes lectures

Kukum, de Michel Jean : qu’avons-nous fait aux Premières nations ?

Kukum, c’est « grand-mère » en langue innue. L’auteur Michel Jean donne la parole à son arrière-grand-mère, Almanda, une jeune blonde aux yeux bleus de 15 ans qui épouse Thomas Siméon, un jeune homme de la communauté des Innus de Pekuakami. Nous sommes au début du 20e siècle. Almanda nous raconte avec douceur et émerveillement sa rencontre avec Thomas. Elle va devenir l’une des leurs. Elle acquiert peu à peu la langue. Au sein de la tribu, Almanda apprend à marcher dans la forêt sans faire craquer les branches, à chasser la perdrix, à poser des pièges, à tanner les peaux. Orpheline élevée par un couple de braves gens, l’ayant recueillie probablement plus par charité que par désir d’enfant, Almanda se révèle à elle-même auprès de sa nouvelle famille. Ici, tout est liberté, tout est mouvement.

Il m’arrivait encore de temps en temps de penser à ma tante et à mon oncle. Chaque heure du jour, où que je sois, quoi que je fasse, je savais où ils étaient et ce qu’ils faisaient. En choisissant la vie en territoire, j’avais choisi la liberté. Certes, celle-ci avait un coût et venait avec des responsabilités envers les membres de son clan. Mais j’avais enfin le sentiment de vivre sans chaînes.

Nous suivons Almanda tout au long de sa vie, de ses 15 ans à ses 98 ans. Arrivée au coucher de soleil de sa vie, elle se souvient avec sagesse et nous transmet un monde qui n’existe plus. Le monde des Premières nations avant que les blancs ne s’emparent des terres, déclarent des propriétés, coupent les forêts, détruisent l’écosystème des cours d’eau en y faisant descendre les troncs d’arbres à la dynamite et empêchent dorénavant aux tribus de remonter les rivières et de s’éloigner dans le grand froid hivernal pour chasser. Les blancs dévastent, détruisent, s’érigent en maîtres, enlèvent les enfants pour les éduquer (soi-disant) dans des pensionnats catholiques. Les Premières nations sont contraintes à la sédentarisation. Ces hommes et ces femmes perdent les espaces, la communion avec la nature, leur langue, leurs enfants, leur raison d’être ici-bas. Ils boivent, se battent, sont malheureux. Almanda raconte avec des mots simples cette tragédie humaine qui prend toute sa résonance face à la situation actuelle des peuples autochtones.

La lecture de Kukum m’a beaucoup émue. Michel Jean nous guide vers une histoire et vers des peuples que je connaissais peu. J’ai notamment été touchée par les passages qui parlent du nomadisme, de la liberté, de la relation en harmonie avec la nature. C’est toute une conception du monde que Michel Jean nous offre, et qui depuis nos villes et nos espaces clos, nous fait prendre conscience de nos perceptions étriquées du monde, et que la vie, elle, se passe ailleurs.

Kukum, de Michel Jean, Libre expression, 2019.

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