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Les toits du paradis : un hymne à la joie

Le Paradis… Un bidonville de Bangalore, dans le sud de l’Inde. Sous la tôle et les bâches, se déploie la vie animée de Banu, Deepa, Joy, Rukshana et Padma, cinq jeunes filles soudées comme les doigts de la main. Quand les bulldozers arrivent pour raser le Paradis afin de construire un centre commercial, elles s’organisent et œuvrent de stratégies audacieuses pour les faire stopper. Parce qu’elles sont comme ça, ces cinq filles-là, vives, intelligentes, futées et pleines d’esprit ! On découvre leurs histoires à chacune et c’est toute la culture indienne qui nous est conté : les castes, les inégalités sociales extrêmes, les bidonvilles, la violence contre les femmes, le goût et les odeurs de la cuisine épicée, la flamboyance des couleurs… Paradoxe du Paradis : il déchire le cœur du lecteur tout en lui apportant une joie de vivre ! C’est peut-être ça l’Inde.

Nos maisons s’effondrent peut-être, mais pas nos mères. Elles forment une chaîne humaine, hijabs et dupatta claquant dans le vent sonore, saris scintillant sous le soleil de l’après-midi. Au milieu des machines et des pierres brisées, nos mères resplendissent comme des œillets dispersés au pied de déesses pulvérisées. Des déesses furieuses, impitoyables, de celles qui portent des crânes autour du cou et piétinent des cadavres.
De celles qui protègent les enfants.
Qui protègent les filles.

Banu l’artiste, Deepa l’aveugle, Joy la transgenre, Rukshana la queer et Padma l’étrangère… Cinq jeunes filles qui fleurissent et nous offrent le plus beau des bouquets, sans tabou, sans frontière, sans préjugé. Musulmane, indoue, catholique, hétérosexuelle, homosexuelle, transgenre, elles sont le merveilleux reflet d’une société indienne ancrée dans des traditions ancestrales caduques (les castes, la dote du mariage…) mais dont la jeunesse féminine des bidonvilles se contrefiche. Nées du mauvais sexe dans une Inde qui méprise les femmes, qu’ont-elles à perdre de plus que ce que leurs mères et leurs ajii (leurs grand-mères) ont vécu, bannies ou abandonnées par leur époux ?

Alors, elles rient, elles chantent, elles dansent et nous entraînent dans leur joie de vivre. L’auteure, Mathangi Subramanian, rend hommage à ces femmes qui portent le monde sur leurs épaules et qui jamais ne ploient. Loin de tout misérabilisme, de pathos ou de jugement, elle exerce sa plume avec délicatesse et tendresse pour que nous nous souvenions pendant longtemps de cinq jeunes filles. Banu, Deepa, Joy, Rukshana et Padma.

Les toits du paradis est un hymne à la sororité et à la puissance des femmes. C’est beau et c’est universel !

Les toits du paradis, de Mathangi Subramanian, traduit de l’anglais par Benoîte Dauvergne, Éditions de l’Aube, 2020.

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