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Une bête au Paradis, de Cécile Coulon : une vengeance rurale

Le Paradis… une petite ferme près d’un village où vivent Émilienne, ses deux petit-enfants Blanche et Gabriel, et Louis, garçon à tout faire recueilli par la grand-mère alors qu’il fuyait des parents abusifs. Le Paradis est marqué par la tragédie, celle de la mort dans un accident de voiture des parents de Blanche et Gabriel lorsqu’ils étaient des enfants. Des êtres blessés qui pataugent dans la boue.

Et puis vient l’amour. Blanche rencontre Alexandre au lycée. Alexandre le beau, l’adorable, le gendre idéal. Alexandre qui lui fait tout oublier, la dureté de la vie, la mort de ses parents. Oui, mais Alexandre, lui, il en a d’autres des idéaux que celui de rester et de travailler au Paradis. Alexandre part étudier à la ville, laissant une Blanche face à une douleur indomptable. Alors pendant dix ans, elle poursuit le travail avec Émilienne et Louis à la ferme. Louis qui aime Blanche et dont elle se fiche bien. Louis qui donne tout pour le Paradis, mais qui au final est toujours exclu : il ne fait pas partie de la famille, il restera l’éternel homme de main, employé corvéable et remerciable. Le Paradis appartient à une lignée de femmes. L’atmosphère est lourde à la ferme. Le frère, Gabriel, prend la tangente pour se sortir de ce bourbier.

Puis un jour, Alexandre revient, auréolé de sa petite gloire de l’homme qui a réussi dans l’immobilier. Et Blanche tremble à nouveau d’amour. Difficile de raconter la suite sans dévoiler l’intrigue et le dénouement, mais je peux juste vous dire que la trahison entraîne la vengeance. La violence est tapie dans chaque mot, jusqu’à en perdre l’humanité et devenir une bête. Les chapitres – des verbes Faire mal, Grandir, Tuer, Naître, Se tordre, etc., s’enchainent jusqu’à l’inéluctable.

La jeune fille devint une ombre et comme les ombres dans les vieilles maisons et les vastes paysages, elle ne dormait pas. Elle emplissait l’espace et l’abandonnait dans la seconde, fuyante, mue par le chagrin. Elle se nourrissait de ce qu’on lui laissait, passant après les autres, buvant après la soif des autres, s’étirant à l’infini entre les lieux du passé et ceux de l’avenir. Tout commençait, tout finissait au Paradis, ainsi nommé par une mère absente, ainsi moqué par un amour jeune, intrépide, si beau dans ses rires, si humiliant dans ses implorations. Comme une ombre, Blanche enveloppait la ferme de son silence, elle traversait la cour sans bruit, nourrissait cochons, poules et vaches sans mot. Les bêtes la regardaient, oreilles baissées, naseaux frémissants, reculant légèrement devant ses gestes mécaniques.

L’auteure, Cécile Coulon, nous entraîne dans une histoire qui reprend des codes du rural noir. On est au cœur du terroir et les personnages sont enracinés dans la terre. Même si je ne me suis pas vraiment attachée aux personnages, j’ai tourné les pages du roman avec envie plus on avance dans l’intrigue car la tension monte et on le sait bien que tout cela va mal finir… Et on a tellement envie de savoir comment !

Une bête au Paradis, de Cécile Coulon, L’iconoclaste, 2019. Le roman a reçu le prix littéraire du Monde en 2019. Au Québec, le livre a paru en 2020 chez Guy Saint-Jean Éditeur.

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