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Le Pays des autres, de Leïla Slimani : fresque familiale autour de l’indépendance du Maroc

Le Pays des autres, c’est le Maroc où Mathilde débarque avec son mari Amine, enceinte de leur premier enfant, aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Amine a été enrôlé dans les troupes de l’armée française, fait prisonnier, puis libéré et c’est comme cela qu’il a rencontré, en Alsace, Mathilde. Ils se sont plu, ils se sont aimés, ils se sont mariés. Mathilde voyait le Maroc comme un pays exotique dans lequel elle allait vivre mille aventures et c’est avec panache qu’elle quitte sa terre natale. La réalité est rude. Amine possède une ferme près de Meknès, au sol aride et rocailleux qui l’accapare entièrement. Mathilde ne rechigne pas à l’ouvrage et bientôt avec leurs deux enfants, – Aïcha et Selim -, la bonne, les ouvriers, la terre engloutit toute leur vie.

En toile de fond, la colonisation. Et c’est peut-être elle, le personnage principal du roman de Leïla Slimani. La colonisation, affreuse, méprisante. La colonisation qui vole les terres, qui détruit les organisations ancestrales, qui ordonne certaine de son bon droit, qui classe les gens par catégorie, qui créé haine et rancœur. La révolte gronde et la marche vers l’indépendance est inéluctable.

Leïla Slimani peint des portraits subtiles et touchants de ses personnages. Amine qui aime Mathilde, sa fraicheur, sa joie, sa liberté et qui parfois aussi la déteste de ne pas être comme les autres femmes de son pays, soumises à l’homme et respectueuses de son autorité. Amine que la guerre a transformé et qui ne se sent plus d’ici, et qui n’est pas de là-bas. Amine qui cherche à construire son identité, à trouver sa place. Mathilde, la lettrée, la catholique, qui aime être près d’Amine, mais qui ne se sentira jamais d’ici. Omar, le frère d’Amine, ombrageux, révolté, qui crache à la figure des colons. Selma, leur jeune sœur, papillon libre qui voudrait éclore dans une société qui la contraint à se marier avec un homme vieux et repoussant. Mourad, l’ancien combattant, amoureux d’Amine. Ici tout se télescope, hommes et femmes, modernité et culture patriarcale, amour et haine, Marocains et Français, soif de liberté et enfermement.

J’ai lu que Le pays des autres est un roman pensé pour une trilogie. J’ai mieux compris l’émergence des personnages secondaires qui prennent plus d’importance à la fin du roman. Surtout Aïcha, la fille d’Amine et de Mathilde, enfant hybride, vive et intelligente, sauvage et réservée. La suite du roman lui offrira certainement un grand rôle.

Leïla Slimani maîtrise, sans conteste, l’art de raconter. Je me suis laissée emporter dans cette fresque familiale, même si dans les premières pages, j’ai eu du mal à reconnaître le style d’écriture de l’auteure. N’essayez pas de retrouver l’écriture nerveuse et concise de Chanson douce. Le Pays des autres est une saga qui prend son temps et qui nous emmènera loin. L’écriture s’allonge et se délie.

Vivement la suite !

Le Pays des autres, de Leïla Slimani, Gallimard, 2020.

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