Mes lectures

Dîner à Montréal, de Philippe Besson : le temps d’un souper

C’est le titre qui m’a attirée, moi qui vis depuis dix ans à Montréal ! Et j’ai plongé avec plaisir dans ce roman d’auto-fiction dans lequel Philippe Besson se met en scène lors d’une séance de dédicace de son dernier roman au cours de la tournée promotionnelle qui lui a fait traverser l’Atlantique.

Il revoit alors à la librairie un certain Paul Darrigrand (référence au précédent roman de Philippe Besson), qui fut son amant vingt ans auparavant. Les deux amis improvisent un dîner, avec Isabelle, la femme de Paul et Antoine, l’amoureux de Philippe depuis quelques mois. Et le temps de quelques heures, les deux anciens amants se livrent sur leur passé et s’interrogent sur ce qui les rend heureux aujourd’hui. Dîner à Montréal est un récit intimiste dont l’intensité monte au cours du repas. Les échanges plus conventionnels du début laissent progressivement place aux confidences et aux dévoilements de soi.

Je songe que je les ai attendus, ces mots, je les ai tellement attendus, quand j’avais vingt ans. Combien de fois j’ai voulu qu’il les prononce, qu’il les articule, qu’il se décide à les articuler, que ce soit assumé, affirmé, résolu, et ça n’est jamais arrivé. Combien de fois j’ai souhaité qu’ils lui échappent au moins, dans la nuit des draps froissés, dans l’urgence des corps enlacés, des bouches embrassées, que ça sorte malgré lui, indépendamment de lui, même s’il devait les regretter juste après, et ça n’est jamais arrivé.

La plume de Philippe Besson est sensible et le récit au présent précipite le lecteur dans l’immédiateté de l’instant, comme si nous assistions au dîner sur une scène de théâtre depuis un fauteuil tapi dans l’obscurité de la salle. Le récit s’est parfois fait un peu trop personnel pour moi, ce qui m’a donné envie de les laisser poursuivre la conversation entre eux deux, pour respecter leur intimité ! Je n’ai pas lu les précédents romans d’auto-fiction de Philippe Besson, alors peut-être que cela me manquait pour tomber complètement sous le charme.

Et pour parachever le clin d’œil à Montréal, le roman devrait s’intituler « Souper à Montréal » car au Québec le déjeuner français correspond au dîner québécois et le dîner français au souper québécois 🙂

Dîner à Montréal, de Philippe Besson, Julliard, 2019.

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