Mes lectures

La femme révélée, de Gaëlle Nohant

Première fois que je lis un roman de Gaëlle Nohant. Quelle écriture ! Magnifique, ronde, chargée d’émotions, imagée… Le roman est composé de deux parties : la première nous entraîne dans le tourbillon de la vie de Violet Lee, de son vrai nom Eliza Donneley, une jeune Américaine qui débarque à Paris pour fuir… Quoi, qui ? Telle est l’intrigue et je n’ai pas boudé mon plaisir à suivre les premiers pas hésitants de Violet qui croise la route de personnages hauts en couleur, entre Rosa la prostituée, ou le mystérieux Sam qui attire Violet irrésistiblement. Sans ressources, sans connaissance, Violet doit réinventer sa vie dans le Paris de l’après Seconde guerre mondiale et c’est armé d’un Rolleiflex, son appareil photo qui ne la quitte jamais et qui lui permet de révéler les gens et de se révéler elle-même, que Violet nous raconte son histoire. Le cœur brisé d’avoir dû laisser derrière elle son petit garçon, constamment aux aguets de peur que les sbires de son fortuné mari ne viennent la cueillir, Violet avance dans la vie, fière et frondeuse, dans un Paris romantique à la Robert Doisneau, sans oublier les caves de jazz à Saint-Germain-des-Prés.

Depuis que j’ai quitté Sam sur ce trottoir, le monde a changé imperceptiblement. Je m’y promène telle une convalescente clignant des yeux dans la lumière. Les couleurs des rues, la ligne des toits, le gris bleuté de leurs ardoises m’apparaissent plus vivaces. J’éprouve la densité de mon corps, la tension de mes muscles et ce souffle d’air glacé sur mon poignet, entre la manche et le gant. Un instant d’intimité, quelques baisers, le contact de la peau d’un autre suffisent-ils à opérer cette révolution ? Depuis des mois, j’habite ce corps comme un vêtement volé. Je l’ai forcé à l’invisibilité, j’étais une proie concentrée sur des signaux de danger infimes, peut-être imaginaires. J’avais oublié qu’on pouvait vibrer d’autre chose que d’angoisse.

La deuxième partie du roman nous propulse vingt ans plus tard lorsque Violet peut enfin rentrer chez elle à Chicago, suite au décès de son époux. Elle n’a qu’une hâte, revoir Tim, son fils, qui la croit morte. Au printemps 1968, Chicago est secouée par des manifestations virulentes pour les droits civiques des Noirs, suite à l’assassinat de Martin Luther King. Ayant renoué avec son fils, qui lui impose tout de même une distance, Violet, redevenue Eliza, parcourt la ville et les manifestations avec son appareil photo, donnant lieu à des longues explications historiques de l’auteure sur la ségrégation raciale dans Chicago, sur le racisme prégnant, sur les ghettos. On sent le travail minutieux et documenté de l’auteure mais j’ai perdu l’âme de Violet quand l’Histoire (avec un grand H) a pris le pas sur l’histoire de Violet qui ne semblait n’être plus qu’un prétexte pour raconter un segment de l’histoire des États-Unis, tout aussi intéressante soit elle.

Finalement une lecture en demi-teinte, même si je me suis laissée emporter dans son écriture virevoltante de Gaëlle Nohant qui donne âme et corps aux petites histoires comme aux grandes.

La femme révélée, de Gaëlle Nohant, Grasset, 2020.

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