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Mes lectures

Il pleuvait des oiseaux, de Jocelyne Saucier : la terre, l’eau, l’air et le feu

Un roman fascinant sur les grands feux de Matheson qui ont ravagé, durant l’été 1916, le nord de l’Ontario (au Canada), faisant plus de 200 victimes. Évidemment avec la tragédie actuelle qui frappe l’Australie, la lecture du roman a pris une teneur dramatique bien réelle, et mes pensées ont souvent glissé vers les victimes australiennes. Les descriptions du brasier et du chaos que nous livrent l’auteure québécoise Jocelyne Saucier semblent sortir tout droit de la bouche des témoins australiens qui partagent sur les médias leur tragédie.

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Là où les lumières se perdent, de David Joy : au cœur d’une Amérique paumée et sans avenir

Avec ce premier roman, David Joy nous plonge au cœur d’une communauté isolée des Appalaches, en Caroline du Nord, ravagée par la drogue, la crystal meth. Ici, c’est Breaking bad, mais en pas drôle du tout. L’histoire prend même des tonalités à la Reservoir Dogs avec une scène inaugurale de torture à l’acide. Les êtres humains sont minables, violents, dégénérés. Dans ce récit au « je », Jacob McNeely, un jeune homme de dix-huit, prend la parole. Fils du baron local de la drogue, Jacob aide son père dans toutes les taches qui demandent de se salir les mains. Son père, un homme abject, dangereux et rusé, dépourvu d’émotions, tient les ficelles de la communauté, et graisse la patte aussi bien aux flics qu’au pasteur. Sa mère est une pauvre femme complètement camée, dont l’esprit – même sobre – n’est jamais tout à fait présent.

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Mes petites réflexions

Pensées violentes, désagréables, honteuses ? C’est peut-être des pensées intrusives (phobies d’impulsion)

Avez-vous déjà eu des pensées violentes, humiliantes, dégradantes, suspicieuses contre vous-même ou contre les autres. Des pensées qui surgissent spontanément dans votre tête et qui vous déstabilisent ? Par exemple, vous vous voyez en train d’égorger votre voisin, de fouetter vos enfants, de défoncer votre voiture… Ou encore vous voyez votre collègue sauter dans le vide, vous vous voyez insulter votre grand-mère… Et toutes ces pensées vous angoissent. Alors vous avez peut-être, comme Audrey, l’un des trois personnages de mon roman, des pensées intrusives, appelées aussi phobies d’impulsion.

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L’Amérique derrière moi, d’Erwan Desplanques : se libérer du père

Dans ce récit autobiographique, Erwan Desplanques raconte l’histoire de son père atteint d’un cancer incurable, en faisant des incursions dans le passé pour nous faire saisir toute la profondeur d’une vie. Vie d’homme, vie de couple, vie familiale. Par petites touches, l’auteur nous ouvre la porte sur des scènes de vie d’une famille nucléaire (les parents et leurs deux fils), en l’apparence bien classique, mais qui se révèle tout à fait fantasque aussi ! C’est comme si sa famille incarnait l’ordinaire d’une famille de province, mais quand on pénètre dans leur intimité, les apparences prennent une autre tournure. Et c’est très touchant ! Le père est un passionné des États-Unis et une fervent promoteur de l’amitié franco-américaine : il vit l’Amérique dans ses tripes et sur sa peau (blouson Carmel California, veste militaire…). La mère, enseignante, qui paraît un brin excentrique et excitée (elle jette des assiettes à la figure de son mari, divorce, se remarie avec lui !) et plus elle vieillit, plus elle semble à côté de ses pompes.

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Querelle de Roberval, de Kevin Lambert : une farce totalement réussie

Attention, ce livre est déjanté ! La lecture m’a laissée à la fois perplexe et enthousiaste, et c’est excitant de découvrir un auteur qui se joue des codes, qui fait des pieds de nez à ses lecteurs et qui l’assume pleinement. J’ai parfois eu l’impression d’être dans une pièce de théâtre (du style Bacri / Jaoui où les mœurs sociales sont décortiquées à la fois d’une manière fine et moqueuse) et parfois j’ai cru me retrouver en plein Rocky Horror Picture Show, avec des scènes burlesques et des scènes de sexe homosexuel crues. Plus j’avançais dans le roman, plus je me marrais en me demandant quelles mises en scène l’auteur, Kevin Lambert, allait bien pouvoir encore inventer !

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Né d’aucune femme, de Franck Bouysse : liberté, liberté chérie

D’abord c’est le titre, Né d’aucune femme, qui a attiré mon attention : né d’aucune femme ? Ça veut dire quoi ça ? Puis c’est la photo de la couverture du livre qui m’a fascinée (et me fascine encore) : noir et blanc, une femme seins nus allaitant son enfant, la photo coupée en deux, et le regard… ce regard… Pour moi, il incarne la puissance, la puissance féminine, celle qui connaît tout de la création. Il y a quelque chose de céleste, de divin dans ce regard. Je ne cesse de la contempler et parfois, elle change. Je trouve cette femme au regard dur, je ferme les yeux, je les rouvre, et je la vois remplie d’amour, je ferme les yeux, je les rouvre, et je la vois combattante, je ferme les yeux, je les rouvre, et je la vois interrogative, je ferme les yeux, je les rouvre et je la vois amazone. Madone libre, malgré les coups, malgré la vie. Femme puissante. Femme courageuse. Femme qui n’accepte pas, qui ne se résigne pas. Rose. L’auteur de la photographie est : Sara Saudkova. Évidemment, cette photo dénote avec le titre… et cela intrigue encore plus.

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Chienne, de Marie-Pier Lafontaine : autofiction autour d’un père sadique ou l’horreur de l’enfance

Un premier roman qui retourne les tripes. La Québécoise Marie-Pier Lafontaine signe une autofiction qui raconte un père sadique, cruel, tout-puissant, dévastateur. La violence est physique, mais les coups psychologiques sont tout aussi glaçants. L’angoisse de l’imprévisibilité du père qui peut surgir à tout moment et inventer des jeux pervers et dégradants envers ses enfants. Le père est abominable et la mère reste silencieuse, complice de cette torture. Les parents qui détruisent la vie de leurs enfants, qui la réduisent en miette, qui l’annihilent. Aux actes d’horreur, s’ajoutent les zones passées sous silence où l’on devine que l’indicible peut aller encore plus loin, silence que l’auteure assume et qui renforce le caractère intolérable de ce qu’ont vécu ces enfants.

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Canada, de Richard Ford : de nos choix découle notre vie

D’abord, je vais raconter le hold-up que nos parents ont commis. Ensuite les meurtres, qui se sont produits plus tard. C’est le hold-up qui compte le plus, parce qu’il a eu pour effet d’infléchir le cours de nos vies à ma sœur et à moi. Rien ne serait tout à fait compréhensible si je ne le racontais pas d’abord.

Ça commence fort ! J’ai lu l’incipit… et j’ai su que j’allais me laisser emporter loin dans l’histoire de Dell et de sa sœur jumelle, Brener. On plonge au cœur de l’été 1960 qui sera le dernier en famille. Tout bascule et c’est un Dell désormais âgé de 65 ans qui nous narre son épopée. Après l’arrestation de leurs parents, le frère et la sœur, livrés à eux-mêmes, font des choix de vie du haut de leur quinze ans. L’un et l’autre prennent la fuite pour échapper à l’orphelinat, leurs chemins se séparent et on suit la route de Dell qui l’emmène au Canada dans un petit village de la Saskatchewan. Il y rencontre Arthur Remlinger, tenancier d’un petit hôtel, lui-même au passé bien mystérieux…

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L’autre qu’on adorait, de Catherine Cusset : quand l’élitisme gâche une vie

J’adore tout ce que Catherine Cusset a écrit (et je crois bien que j’ai tout lu !), et L’autre qu’on adorait m’a profondément touchée. Catherine Cusset raconte avec beaucoup d’amour et de pudeur la vie de Thomas, un jeune parisien exaltant et exalté, qui se fraye un chemin dans la jungle des universités américaines pour obtenir un poste. Pas de mystère ou d’intrigue, on le sait depuis le début : Thomas, l’ami cher de la narratrice, s’est suicidé à l’âge de 39 ans, alors qu’il enseignait dans la petit université de Richmond en Virginie.

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Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson : quand l’ennui devient captivant

Évidemment, vous pourrez trouver un peu bizarre que je partage mon avis de lecture sur Dans les forets de Sibérie, alors que Sylvain Tesson vient de remporter le prix Renaudot 2019 avec La Panthère des neiges. Mais j’avais celui-là dans ma bibliothèque (arrivé, je ne sais pas trop comment d’ailleurs !), donc comme tout le monde parlait de Sylvain Tesson à la rentrée de septembre, j’ai commencé à le feuilleter, puis je me suis assise dans le canapé, puis les heures ont passé… et j’ai refermé la dernière page du livre. Un gros coup de cœur !

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